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« Les 7 mains, Sept auteurs, un cahier »

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Février-juin 2009

Qu'est-ce que c'est, Les 7 mains ?

Rien d'autre qu'un moment du temps que sept auteurs, qui ne se connaissent pas nécessairement entre eux mais qui cultivent une semblable passion pour tout ce qui a trait à la littérature et à l'écriture, ont décidé  de partager. Un jour d'humeur potache et enthousiaste, nous avons donc créé ce blog,  pour prendre du plaisir bien sûr, mais aussi pour nous astreindre à quelque chose d'un peu plus construit qu'un blog, disons plus classique, de recension ou de diffusion d'informations à caractère littéraire - tout genre de blog qui, est-ce utile de le préciser, peut évidemment être de très grand intérêt. Simplement avions-nous envie d'autre chose.

 

Pour des raisons que nous sommes bien loin de comprendre nous-mêmes, ce blog a, très vite, rencontré une certaine audience.  On en a parlé, ici ou là, ce qui attira à nous un nombre toujours croissant de lecteurs. Nous les en remercions, et sommes frappés de constater combien certains peuvent être fidèles, exigeants, intransigeants parfois, combien, en fait, ces lecteurs-là nous obligent.
Et encore tous ne se manifestent-ils pas directement par l'entremise des "commentaires".

 

Une histoire dans l'histoire a peu à peu pris corps. De folles rumeurs ont couru, mues par le jeu,
la facétie du concept. Ce jeu, vieux comme le monde, qui consiste à se jouer d'identités d'emprunt
ou de passage, à sculpter ou à se sculpter des masques pour mieux investir la comédie humaine,
pour y prendre son tour, la questionner, l'ébranler. C'est un jeu très amusant, dont les écrivains,
tout spécialement, raffolent, et pour cause, et qui fait partie du plaisir par définition toujours ambigu que peuvent éprouver ou vouloir éprouver les humains lorsqu'ils décident de commercer ensemble.

 

A ce jeu-là, il y a toutefois un risque. C'est que la rumeur devienne le vrai. L'histoire est pleine de ces méprises - sans entrer dans les grands drames politiques, j'ai encore à mon oreille d'enfant l'histoire de Pierre et le Loup. Que l'on mette donc ici un terme à ces folles rumeurs à l'instant évoquées : Bertrand Redonnet est Bertrand Redonnet ; il n'est que Bertrand Redonnet.  J'en atteste. La déception du public est bien compréhensible : Les 7 mains n'étaient-elles pas en train de s'amuser ? de créer,
via le talentueux Narval, pour ne pas le citer et qui est, lui, un véritable lecteur autant qu'un authentique commentateur, une 8ème petite main, clandestine ? ne prenions-nous pas un malin plaisir à glisser quelque grain de sable dans la machine ? n'avions-nous pas fomenté, sciemment, l'instrument de notre propre perte ? et qui sait : peut-être Géraldine Bouvier était-elle ici la seule personne réelle ? manipulant la fratrie tout entière et faisant son miel de tant d'innocences... ?

 

Eh bien non : sept auteurs, pas un de plus. Et des commentateurs, tous attentifs, tous lecteurs,
tous désireux de jouer le jeu, mais à des degrés divers. Moyennant quoi, certains échanges nous ont semblé excessivement vifs, enrobés d'un miel aigre-doux assez peu compatible avec l'esprit ludique,
et en tout cas largement pacifique, qui nous requiert ici.

 

Allons, allons, amis, lecteurs, internautes, fidèles et infidèles, frères et sœurs humains !
Que chacun y mette du sien ! Et recouvrons notre bonne humeur originelle, cette jovialité
et cette cordialité élémentaires sans lesquelles Les 7 mains ne sauraient perdurer.

 

MV, pour Les 7 mains

Ces textes ont été publiés par
les éditions isabelle sauvage dans
D’un jour à un autre je vivrais autre, collection « présent (im)parfait », 2010

JOUR 23

Je suis toute retournée. Enfin toute de travers. Enfin toute à la renverse. Enfin toute de guingois.
J’ai un prénom à trait d’union. Deux en une donc. Ce petit trait horizontal. Cette miniligne.
Ma ligne nommée. Mais faite donc de lignes je suis : ma corde au cou, la frontière de mon corps,
la limite de mon cerveau, ma crête nasale, ah ! se souvenir du baptême de ma ligne,
la ligne de mes nœuds, la ligne de mon niveau, la ligne de ma foi, mes lignes de touche,
mes lignes de faille, la ligne de mes cheveux, la ligne de mes fesses.

Qu’est-ce qui se trame donc ici ?

 

JOUR 30

Je n’en suis pas une à talons hauts. Je n’en suis pas une avec des mots doux et des phrases
enjolivées. Je n’en suis pas une aux bonnes manières. Je n’en suis pas une servile et plaquée.
J’aspire au plus rapide au plus odorant aux coups à donner plus prestes et plus sévères.
J’ai le regard lent et la houppe redressée. J’ai le talent du désastre.
Je veux me lever pour faire rebondir mon ventre et lui faire faire des bulles.
Je prends un peu des deux un peu de lui un peu d’elle mais elle, elle en a deux.

Qu’est-ce qui se trame donc ici ?

 

JOUR 6

Il ne faudrait pas avoir peur de la chute, de la retombée de la poche placentaire,
de son impact sur moi, il ne faudrait pas avoir peur, il ne faudrait pas avoir peur.
Aujourd’hui, je sors de ma coquille ; je fais des pieds et des mains ; je glycine et je temporise ;
je chrysalide et je m’éclate. Tout veut rester à l’intérieur mais je suis belle ça n’est pas grave
je le supporte et je ne l’écoute pas. Il ne faut pas avoir peur.

Qu’est-ce qui se trame donc ici ?

J’expulse.

 

JOUR 13

Ça y est. J’ai perdu. J’ai tout perdu pour bien crier ma peine, hurler ma rage :
mes nerfs et mes vertèbres. Tout est tombé comme un masque gluant, un oiseau mort,
un avion de papier blanc. Un goéland a volété sous mes yeux des jours durant
pour me faire ses adieux ; il avait à me dire des horreurs et sa foi.
Toute cette vie flasque et huileuse colle sous mes doigts et m’évite d’être reine et roi tout à la fois.
Je vais en bateau, en dame et je conquis en bottes hautes, en homme.
J’ai l’air d’un con comme à chaque fois ; aucune nana ne veut baiser avec moi.
J’enlève mes yeux, ma moustache, ma voix, et malgré tout ça,
 aucune ne veut même me faire une petite pipe.

 

JOUR 20

Je suis depuis seize heures au bistrot. Je me suis mis……ze à boire quelques coups,
accoudé avec des faux airs de tout plein d’amabilité feinte, un sourire de putain.
Mon goéland jouant de la goélette. La mer est basse croyez-moi la mer est basse ; il y a de la vase
et je l’ai jusqu’au cou. J’avance là parce que vraiment la vie d’avant déjà jusqu’à ce soir
c’était pas brillant mais là mon Dieu tout à mon nez se pend

 

JOUR 27

Alors la noyade m’a semblé un bon remède pour aller vers vous.
Je n’ai rien supposé. J’y suis allé. Alors j’avance, j’avance vers l’île en goguette.
Au moins celle-ci semble m’accueillir en roi de la fête en reine des bigoudis.
Je vous le dis je n’ai rien à croire rien à prouver mais il faut savoir un moment mettre un terme
de tous côtés. Au moins jusque là je prends l’eau et je reste étanche.

Le goéland s’approche et me dit « Alors ça avance ? » Je lui dis « Ma mer ou mes pas de danse ? »
Il me dit « Jusqu’au bout la mer descend, tu fais du sur-place un point c’est tout. »
Je suis reparti la queue entre les jambes.

Je me suis répartie. Disparue. Dégagée.

Un minet. Une minette. Une lichette. Un lichet.
Un pichet. Une pichette. Une fesse. Un fessier. Le rai. La raie.

Après tout qui le sait. À la prochaine marée, j’en parle à mon goéland et à ma goélette.

© Claire Le Cam, 2018