À PROPOS

Article paru sur le site Mediapart

https://blogs.mediapart.fr

9 juillet 2018

Par Jean-Claude Leroy

 

De fiel de frère, l’encre du nouveau livre de Claire Le Cam

C’est une lettre écrite au long d’une journée aigre et empoisonnée de mémoire mal digérée.

 

« Je suis le seul garçon de cette famille (enlevez-lui le « am » à ce mot et je deviens la fille sans âme, le seul garçon de cette famille). »

 

 

 

 

Claire Le Cam construit ses livres un par un, et elle soigne diablement sa cible. J’avais pu lire ainsi l’étonnant et superbe Raccommoder me tourmente. Hommage peut-être à Éric Chevillard dont on retrouve chez elle parfois quelque chose, en termes d’humour et d’inventive réflexion.

 

« Le monde sourit en partition à la fleur qui terrorise de son sourire jaspé. »

 

Cette année, sous une couverture non plus noire, mais rouge sang, c’est l’heure de Lettre d’un frère à ses sœurs (moins une). Une couleur surtout pas anodine en l’occurrence. Car c’est à un nettoyage féroce que procède le fils et frère. Parents croqués sans pitié. Sœurs également, quoique bénéficiant parfois de compassion, sinon de clémence. « C’est bien toi qui as eu raison de partir en toi, dit-il à la sœur quatre, moi, j’ai fini par adorer cette posture que j’ai adoptée en calant ma bite entre mes jambes... » À la sœur une : « Toi, tu ne vois pas plus loin que la famille. […] C’est pour ça que tu continues de m’appeler de temps en temps. Parce que c’est la famille. »

 

Sœur une, sœur quatre ? En effet, il les nomme chacune par un numéro. Sœur quatre ou sœur une. Lui-même signe frère trois. Sœur deuze ? Elle vient de mourir. Pas même un suicide, comme il y en eut tant dans la famille. Peut-être pire.

 

Il s’adresse à celle qui n’est plus là, désormais cendre (elle a été incinérée la veille) et à celles qui sont encore sur terre, même pas dessous. C’est une lettre écrite au long d’une journée aigre et empoisonnée de mémoire mal digérée. Le rédacteur a commencé à boire tôt le matin, c’est toujours la bonne excuse à la cruauté, les phrases se déroulent sans respirs ni virgules. Saccadé cependant, le propos.

 

Et comment s’adresse le frère à la fraîche disparue ? Voyons : « Ce n’est ni bien ni mal. Je le répète : tu es morte. Et ce qui est sans doute ça le plus stupéfiant, c’est d’être partie sans savoir ce qui s’est véritablement passé. Qu’est-ce que cette boule de pus éclatant au sein de tes entrailles, de ton ventre femelle, de cette aube maternelle ? Cette boule que rien n’a pu retenir comme l’acte final de la tragédie qui possède son propre destin. Tu as dû te piétiner pour éclater comme une mine dans un champ en jachère. Oui, c’est une vrai tragédie mais je ne t’aime pas pour autant. J’en suis maintenant sûr. »

 

À la sœur quatre un numéro de souvenir attendrissant, peut-être : « À chaque crise, je passais la main dans tes cheveux que cette mère coupait pour apaiser le flot de tes paroles, le flot de ton cerveau. »

 

Le père sortirait-il grandi de cette lettre sans retenue ?  Pas tellement : « Il aurait fallu lui introduire dans le fion un déshumidificateur rempli de bicarbonate, de jus de citron et d’huile essentielle, il en serait sans doute pas là, qui sait s’il serait plus détendu. »

 

L’avc de ce même papa, la maman qu’on va visiter deux fois par mois… Quel jour ? Quel mois ? Personne n’a d’âge dans cette histoire, un numéro sans doute chronologique, mais pas d’années à soi, tout cela flotte dans le temps, quoique prisonnier des rets étriqués de la descendance ou de l’inévitable ressemblance… En fait, si, il y en a, des années citées, ce sont celles des suicides ou des enterrements. Repères sacrés pour une famille sinistre inhibée de bibine. Difficile, oui, de se dégager d’un verre à boire autant que d’un ver à bois.

 

En effet, si le frère boit et écrit, il est aussi rongé par un véritable ver à bois inventé qui s’accroche à lui comme un crocodile ; toujours là, ce ver, contre ce « fils fier frère », et luttant en chevalier contre la femelle fictive, son corps à elle, c’est-à-dire celui de qui écrit. Ou est-ce le toutou qui prend une guibolle pour « un bâton excitant », « tu avais beau secouer […] il restait collé ». Décidément inoubliable, ce ratier, prétexte à ne pas voir le reste…« Laisse-le-mon-ratier-mon-cœur-laisse-le-c’-est-mon cœur. » Et lui rageant de rage : « Je l’aurais battu à mort ce con de chien. » Rongé aussi cependant par les fourmis, il est en fait attaqué par l’urticaire, ou plutôt l’eczéma. « J’étais rouge à me gratter plus que de raison, en sang… »

 

Il faudrait peut-être imaginer une lecture détendue de ce texte et rire là où peut-être il exagère, car il y a là une distance effrayante entre l’auteure et son sujet, entre l’auteure et elle-même. Une sorte de lucidité dont on se passe le plus souvent, ce qui explique pourquoi le monde dort, s’agrippant, paniqué, à une léthargie sans rêve, engluée à l’humus de la vie, sans jamais naître tout à fait, ni mourir d’un seul coup. La gueule en cendres.

 

Claire Le Cam n’est pas du genre à dispenser des cadeaux au hasard, elle ne lâche surtout pas sa cible, et cela fait plutôt mal, à l’inverse exact du bien que cela fait de le dire.

 

Site de la BNF / article publié dans
La Revue des livres pour enfants

1er juin 2018

Par Marie Lallouet

Premières lectures / À partir de 6 ans

Coup de cœur !

On entre dans cette première lecture lumineuse comme dans un bain à bonne température. La famille est douce et joyeuse ; Pady, le grand-père, vient de temps en temps y passer quelques jours. Depuis qu'il a perdu sa femme, il a aussi perdu les mots et les utilise de travers. Azelor, son petit-fils attentif, lui/nous sert d'interprète. Jusqu'au jour où toutes les clefs de la maison se mettent à disparaître... Azelor cherche le coupable qui n'est autre, bien sûr, que le vieil homme qui lui aussi perd les clefs de sa vie. Rien de larmoyant dans ce roman délicat, mais une attention enfantine et belle à cette mémoire qui s'en va. On s'amuse de ces mots malmenés et on grandit à lire ce roman réussi.

Article paru sur le site Onirik

http://www.onirik.net/Souvenirs-
du-paradis-Avis

8 mai 2018

Par Valérie Revelut

 

Souvenirs du Paradis

Rien de mieux que donner à vos jeunes enfants (à partir de 7 ans) des romans adaptés à leur rythme de lecture afin de les aider à progresser et débuter la construction de leur imaginaire qui se doit d’être riche et diversifié.

Ici, Claire Le Cam raconte une histoire douce-amère où le grand-père du jeune Azélor est perturbé depuis la disparition de sa femme et emploie des mots à la place d’autres. C’est Azélor qui le comprend le mieux et s’arroge le titre de traducteur attitré.

 

Mais au moment où le papa et la maman d’Azélor planifient des vacances à deux, les clés des divers meubles et placards de la maison disparaissent. Azélor décide d’enquêter !

C’est un sujet difficile que la perte des fonctions cognitives d’une personne âgée, surtout qu’elle représente la mémoire de la famille. C’est joliment narré dans ce court roman illustré, mais demandera au petit lecteur un effort d’adaptation.

Il s’agit également d’une enquête qui permet de réfléchir sur le sens des mots, l’intérêt de communiquer et l’intérêt des souvenirs. Poétique à souhait !

Article paru sur le site internet
du Lycée Général du Parc (Lyon)

http://cdi.lyceeduparc.fr/

8 mars 2018

 

Article paru sur Poezibao

21 décembre 2017

Par Jean-Pascal Dubost

Gare maritime

2013

Par Sabine Macher

Revue N4728

N°22, juin 2012

Par Christian Vogels

Article paru sur Poezibao

 1er mars 2011

Par Jean-Pascal Dubost

D'un jour à un autre je vivrais autre, de Claire Le Cam

 

Après Raccommoder me tourmente, en 2008, après Phasmagoria, en 2009, Claire Le Cam publie aux mêmes éditions Isabelle Sauvage son troisième opus. On avait pu noter précédemment le caractère volontaire de cette voix, ça n’est pas démenti. Formellement, cela se présente comme le journal d’un mois, non point daté, mais numéroté, du « Jour 1 » au « Jour 30 », et si la numérotation va dans l’accroissement, le paradoxe étrangement logique est que cela tient du compte à rebours ; l’auteur conclut un pacte avec le lecteur dès son premier jour de texte :

 

Vous sentez cette réalité si différente de celle dans laquelle vous êtes. Alors prêtez-vous au jeu et imaginez. Imaginer un jour. Il ne nous reste qu’à imaginer des choses juste d’un jour, des choses juste à ne pas dire ou si peu à peu à dire. Mais un jour on s’en moque on s’en moque à ne vivre que trop tellement trop. Le jour dit est ressentie une réalité. Cette même réalité qui commence à poindre et que l’on voudrait encore lointaine. Or il faudrait accepter que la réalité ne soit plus sienne ne soit plus mienne ne soit plus vôtre il faudrait oublier le quotidien oublier le quotidien oublier le quotidien oublier le quotidien. Y êtes-vous ? Vous y êtes. (p.5)

 

La citation est longue, mais elle dit cette invitation à entrer dans les jours en compagnie d’une instance d’auteur qui transforme ledit accroissement en décroissance gonflée de verbe ; invitation à la réalité, certes, mais invitation à celle d’un texte qui conte les jours en ayant préalablement puisé dans la « vie réelle » par concentration de micro-événements ou micro-choses, choisis et raboutés les uns aux autres, grossis en proses sérielles, filant d’un mouvement ferme, souvent caustique dans le propos, parfois colérique, auto-dérisoire essentiellement (« De l’art de parler la plume dans le cul. Elle y travaille. Le cul ahuri et tordu mais elle y travaille »), pour construire une réalité textuelle qui semble au final une dévoration gargantuesque du temps vécu : cela se lit avec cette impression d’une vie réelle passée à la moulinette du verbe. L’accroissement rapide des jours et la précipitation vers le rien sont mimés par une écriture mêmement rapide, mais affamée et mordante. On s’emporte, en tant que lecteur, comme s’emporte la narratrice de ces/ses jours, et cet emportement fait un bon semblant de vivre, car la réalité est transformée de belle patte…

 

Jour 19

Mon corps doit rester humide, pas au  point d’être mou juste être tendre ; il faut que je respire avec un taux d’humidité suffisant ; j’ai besoin de cumuler cette humidité de la rencontre, de l’agitation et de l’effort. Je me sens femme endogée et en un instant tout étrangement un brin épigé comme un gâte-papier résolu à le rester. J’ai donc l’anus rose et la bouche marron. Je navigue entre deux zones, deux esprits érogènes, deux pores. Je me nourris de bois mort (juste essentiellement en provenance de la forêt de Paimpont) et d’amour-compost. Je suis en vie entre le liquide que j’ingurgite et le pourri que je grignote dans un peu chacun des tunnels que j’emprunte. Je suis sur la pente mais je rends service finalement. (p.20)

 

Cette poète a du rythme, pose son temps en travers du cours chronologique ; on en aurait presque réclamé un peu plus, car on ne se lasse pas d’une telle énergie sans affect et sans absence non plus.

Article paru dans Armen

N° 182, 2011

Article paru sur le blog Les 7 mains

31 janvier 2011

Par Marc Villemain

© Claire Le Cam, 2018